Il y a toujours du Bleu quelque part

Un espace atypique de partage d'infos, d'idées, de lectures, de sons et de photos.

  • Y’a des jours qu’on n’aime pas. Des jours de veille. Demain, “la jeune” s’en va. Contrat(s) pas renouvelé(s). Cela me touche (qu’elle s’en aille). Pendant près de 4 ans, elle a donné, s’est dévouée, a tenu boutique, a bouclé une formation, a progressé, a appris, a retenu. C’est une sacrée pro devenue.

    Et que font certaines entreprises après avoir investi ? Elles disent aurevoir, merci pour tout.

    Ce n’est pas sans me rappeler, malheureusement quelques dizaines d’années se sont écoulées, ce que le jeune salarié que j’étais ressentait sur la manière dont “le jeune” était traité. Ce que le salarié que je suis devenu, se souvenant, a constamment opté pour la “carte jeune”. Le stagiaire de troisième, l’apprenti, elles et ceux qui demandaient échange. Gagnant gagnant : apprendre d’eux autant qu’ils apprennent de nous.

  • Il y  a toujours quelque chose à faire. A écrire. A partager. Mais quoi ? Quoi qui n’ait pas encore été inventé, dit, écrit ? Quoi qui n’ait pas encore été imaginé, vu, commenté ?

    J’en suis là de mes pérégrinations.

    L’envie de débuter chaque texte par  » et donc ?  » comme à une autre époque j’aimais commencer un texte ou un article par  » finalement « . Bashung avait cette phrase :  » Et pour finir, recommencer ». Je ne me souviens plus c’est quelle chanson.

    J’ai aussi eu une période  » alors ». Tout de suite un élan. Commencer par « alors » indique quelque chose. Nous dit qu’on est déjà dans une suite. Nous propose cette idée que déjà quelque chose avait vécu avant.

    C’est comme sur les photos. J’aime assez quand elles disent aussi ce qui n’est pas dedans. Ni dessus.

    Une manière sans doute de crever les yeux avec l’invisible. De même qu’écrire l’indicible relève d’une folle ambition.

    Est-ce que nous n’en serions pas là ?

  • Je me suis fourvoyé. Je pensais que l’incarcération d’un ancien président de la République allait permettre à ses gardes du corps par l’état mandatés de souffler un peu.
    Eh bien que nenni : deux policiers disposent d’une cellule en isolement à côté de l’ancien chef d’état ! Policiers en prison, donc. Jusqu’où l’absurdie peut mener, quand même ! (même si tout se comprend bien sûr)

    J’imagine le type à l’entretien d’embauche, sa motivation pour faire ce métier, etc. Quelques années plus tard, hop, en prison.

    https://www.liberation.fr/societe/police-justice/accompagne-de-ses-deux-agents-de-protection-nicolas-sarkozy-a-passe-sa-premiere-nuit-en-prison-20251022_GKUIKWYIAFCS7BG3PDWO4XBNIU/

  • Lu dans l’infolettre de l’excellente revue Kometa ces mots de Shumona Sinha :

    Je suis ouvrière de mots. Mon écriture est un cheval têtu qui s’abreuve aux tribulations politiques. La nuit je le dresse dans mes livres, le jour il casse quelques pots sur les réseaux sociaux. Je suis née dans un pays, l’Inde, qui a été colonisé par les Britanniques et qui, après plus d’un demi-siècle de règne de la droite-extrême ultralibérale, se trouve sous le régime de l’extrême-droite hindouiste. Marxiste et athée, après mes années communistes à Calcutta, je suis arrivée en France pour entrer dans l’âge adulte, poursuivre mes études supérieures à l’Université Paris Sorbonne et au lieu de faire une thèse, j’ai commencé à écrire des romans. Mes livres – Assommons les pauvres, Calcutta, Apatride (L’Olivier) et Le Testament russe, L’autre nom du bonheur était français, Souvenirs de ces époques nues (Gallimard) – exposent les années d’oppression, parfois sanguinaire, d’un peuple où les amours sont parfois un mirage, parfois un radeau de sauvetage, inextricables des rêves collectifs. En France il est encore très difficile de démystifier l’Inde, de défaire la fascination générale pour les produits culturels hindous, de démanteler la machine à propagande mensongère manœuvrée par les indologues alliés de l’Hindutva ou du projet de faire émerger l’Inde comme une nation hindoue.

    C’est développé en cliquant ici.

  • Ce type est une cafetière. Le mécanisme de la cafetière. On y entre l’eau et de la poudre (ou des grains) à un endroit, on appuie sur un bouton ou on met le gaz, il en sort un liquide sombre, âcre, énervant. Ce type est aussi un moulin à qui le terme de loghorée convient à merveille. Que dit le dico ? Loghorée : flux de paroles. Ecoulement de mots, plus fréquemment utilisé dans le théâtre de l’absurde avec un débit monotone.
    Si l’on part du principe que parfois, les lieux professionnels sont des théâtre de l’absurde, et que notre cafetière a en effet un débit monotone qui sombre plutôt dans les basses, on a grosso modo l’idée en tête et surtout, on devine sans peine le rituel du matin, celui de l’arrivée au « travail », de l’installation dans le bureau, et des minutes et des heures qui suivent. Celles de l’écoulement.
    Ce qui fascine, c’est que comme un café, chaque matin, et plusieurs fois par jours, le liquide verbal fait penser à ce mystère insondable de l’écoulement nasal : mais comment fait notre corps pour produire tout cela ? D’où viennent tous ces hectolitres internes que nous produisons nous mêmes, dans l’alambic de nos diverses tuyauteries ? Car ce type est aussi un alambic, cet épatante création de l’homme qui transforme le fruit en alcool, par des jeux subtils d’embranchements et de pentes, des coudes et des tous droits. Des biais et des travers surtout et on ingurgite plus qu’on ne boit cette liqueur de paroles qui n’a rien de très agréable, on nous a mis de force l’entonnoir dans les oreilles et l’on opine par courtoisie avec la furieuse envie de claquer le beigner de l’impétrant. L’absurde théâtre, on le sait, va revenir le lendemain. Le jour d’après. Et ainsi de suite. C’est sûrement pour cela qu’on a aussi en nous ile soupir.

    Crédit photo : S.Zambon-CG40