Ce type est une cafetière. Le mécanisme de la cafetière. On y entre l’eau et de la poudre (ou des grains) à un endroit, on appuie sur un bouton ou on met le gaz, il en sort un liquide sombre, âcre, énervant. Ce type est aussi un moulin à qui le terme de loghorée convient à merveille. Que dit le dico ? Loghorée : flux de paroles. Ecoulement de mots, plus fréquemment utilisé dans le théâtre de l’absurde avec un débit monotone.
Si l’on part du principe que parfois, les lieux professionnels sont des théâtre de l’absurde, et que notre cafetière a en effet un débit monotone qui sombre plutôt dans les basses, on a grosso modo l’idée en tête et surtout, on devine sans peine le rituel du matin, celui de l’arrivée au « travail », de l’installation dans le bureau, et des minutes et des heures qui suivent. Celles de l’écoulement.
Ce qui fascine, c’est que comme un café, chaque matin, et plusieurs fois par jours, le liquide verbal fait penser à ce mystère insondable de l’écoulement nasal : mais comment fait notre corps pour produire tout cela ? D’où viennent tous ces hectolitres internes que nous produisons nous mêmes, dans l’alambic de nos diverses tuyauteries ? Car ce type est aussi un alambic, cet épatante création de l’homme qui transforme le fruit en alcool, par des jeux subtils d’embranchements et de pentes, des coudes et des tous droits. Des biais et des travers surtout et on ingurgite plus qu’on ne boit cette liqueur de paroles qui n’a rien de très agréable, on nous a mis de force l’entonnoir dans les oreilles et l’on opine par courtoisie avec la furieuse envie de claquer le beigner de l’impétrant. L’absurde théâtre, on le sait, va revenir le lendemain. Le jour d’après. Et ainsi de suite. C’est sûrement pour cela qu’on a aussi en nous ile soupir.

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